Les quatre saveurs ou les cinq saveurs

Je rebondis sur la lettre d’Alex:

Il existe d’ailleurs une très belle expression :酸甜苦辣 (suān tián kǔ là)

L’expression est étrange puisque médecine chinoise on a 5 saveurs et non pas 4 pour créer le cycle de régulation des saveurs de régulation du corps et la compréhension de la physiologie il faut 5 saveurs

酸 = acide

甜 = sucré

苦 = amer

辣 = piquant

Et…

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Il nous manque le sel de la vie, justement ! 咸

Par ailleurs, on parle plus facilement de doux que de sucré. De la courge apporte la saveur douce sans avoir besoin de prendre une glace en dessert :grin: (pas très bon pour le feu de l’estomac, d’ailleurs…)

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Le sel c’est pas plutôt associé à la colère ? Enfin sur internet c’est une expression qu’on voit beaucoup :sweat_smile:

Non la colère c’est le foie et le foie c’est l’amertume

Le sel associé à l’eau et aux reins l’émotion qui correspond c’est la peur

: sucré, salé, acide, amer. Ce sont les « quatre saveurs » des manuels scolaires, celles qu’on dessinait sur la carte de la langue.

Mais dans ta liste, le quatrième n’est pas le salé : c’est le **piquant**. Or le piquant n’est pas une saveur au sens occidental — c’est une sensation trigéminale, c’est-à-dire un signal de douleur et de chaleur capté par les nerfs de la face, pas par les bourgeons gustatifs. La capsaïcine ne « goûte » de rien : elle brûle. Le piquant appartient en revanche pleinement aux cinq saveurs chinoises (辛, *xīn*, le Métal) — la MTC classait comme saveurs des expériences que l’Occident range ailleurs.

Donc trois grilles se superposent :

- **Occident classique** : 4 saveurs (sucré, salé, acide, amer)

- **Occident contemporain** : 5, depuis l’ajout de l’**umami** (le « savoureux », identifié par Kikunae Ikeda en 1908, reconnu scientifiquement dans les années 1980-2000)

- **MTC** : 5 saveurs, mais une autre liste — acide, amer, doux, piquant, salé

Aucune ne correspond à l’autre : l’umami occidental n’a pas de place dans les cinq saveurs chinoises, et le piquant chinois n’a jamais été une saveur pour l’Occident. Deux systèmes, deux découpages du même palais — l’un par la réceptivité chimique, l’autre par la pharmacologie énergétique.

Les cinq saveurs (五味, wǔwèi), leurs émotions (五志, wǔzhì) et leurs éléments, en version texte :

- Bois 木 (mù) — saveur acide 酸 (suān), émotion colère 怒 (nù), organe : Foie 肝

- Feu 火 (huǒ) — saveur amère 苦 (kǔ), émotion joie 喜 (xǐ), organe : Cœur 心

- Terre 土 (tǔ) — saveur douce 甘 (gān), émotion rumination 思 (sī), organe : Rate 脾

- Métal 金 (jīn) — saveur piquante 辛 (xīn), émotion tristesse 悲 (bēi), organe : Poumon 肺

- Eau 水 (shuǐ) — saveur salée 咸 (xián), émotion peur 恐 (kǒng), organe : REn traits pleins, le cycle de génération (生, shēng) : chaque élément nourrit le suivant. En pointillés, le cycle de contrôle (克, kè) : chaque élément en maîtrise un autre

C’est la sinologue Élisabeth Rochat de la vallée qui a le mieux traduit et expliqué les conceptions fondamentales de la génération et de la régulation des émotions dans la médecine chinoise qui ont été d’après la légende et d’après les textes conçus par l’Empereur Jaune

Les émotions d’après le Huangdi Neijing

Les désirs et les passions sont considérés par les penseurs chinois comme le principal obstacle à l’accomplissement véritable d’une vie humaine et à la réalisation de sa destinée. La médecine chinoise les considère comme la cause principale de la maladie et de la faiblesse qui conduit aux maladies. C’est pourquoi les émotions doivent être gouvernées par une force contenue en elle-même, qui vient des profondeurs de la nature individuelle : un Cœur vide et tranquille, une lucidité claire, permettant une conduite parfaite et une relation authentique avec le Ciel. Cela produit des mouvements réguliers du qi et une bonne santé.

Le Cœur est notre vie émotionnelle, intellectuelle, mentale et spirituelle ; il est tout ce qui se passe en nous et à travers quoi nous sentons notre existence. C’est notre capacité à penser, à développer connaissance, conscience, lucidité, et à cultiver notre réalité intérieure afin de construire notre esprit vital (jing shen 精神). Le Cœur est ce qui permet à l’être humain de prendre la responsabilité de sa vie et de sa destinée, de savoir nourrir la vie selon l’ordre naturel. Autrement, il y a désordre, maladie et mort prématurée. C’est donc le Cœur qui, en dernière instance, est responsable de l’ordre correct ou incorrect des mouvements du qi en soi.

D’où viennent les émotions ? Ce sont les réactions que nous avons quand nous sommes en contact avec quelque chose d’extérieur (un être, un objet, un événement, etc.), ou lorsque nous en rappelons le souvenir.

« Par nature (xing 性), l’homme possède le sang et le qi (xue qi 血氣) et un Cœur qui permet la connaissance (xin zhi 心知). Le chagrin comme la joie, l’excitation ou la colère n’existent pas en lui de façon permanente ; ce sont des mouvements réactifs à l’aiguillon des choses. C’est alors qu’opère l’art du Cœur (xin shu 心術). » (Liji, Yueji)

Les émotions sont donc activées par un objet ou un événement extérieur, et la réaction immédiate est induite, qui se module en de multiples possibilités : attraction ou répulsion, amour ou peur, exaltation ou colère, tristesse ou joie, arrogance, envie, etc.

La réaction à une chose dépend de la disposition naturelle, de la nature propre de chaque individu, ainsi que de la fidélité à sa nature au moment de la réaction — donc de l’ordre naturel. La nature de la réaction dit si le désir dans le Cœur est tourné vers le développement de la vie ou vers ce qui est en conflit avec lui.

D’où les variations de sens du caractère le plus couramment utilisé pour les émotions (qing 情) : dispositions naturelles, tendances, émotions, passions.

Si les désirs sont en accord avec l’ordre naturel, si les réactions sont appropriées, alors on se gouverne soi-même correctement (zhi 治) et il n’y a pas de désordre (luan 亂). C’est suivre le juste ordre, suivre la nature et sa propre nature, selon les circonstances ; c’est accomplir sa destinée (ming 命).

L’art du Cœur (xin shu 心術) assure les réactions appropriées par la diminution des désirs qui mènent « hors de soi ».

La destinée désigne la vie individuelle telle qu’elle se déploie selon son origine naturelle/céleste. Accomplir sa destinée, c’est vivre en harmonie avec le cosmos, demeurer intégré à l’harmonie universelle. Agir ainsi procure l’accomplissement le plus profond de ses dons naturels aussi bien que la santé la plus parfaite possible.

Les émotions sont perçues comme des mouvements de qi, et chaque émotion augmente excessivement une qualité et une activité particulières du qi chez l’être humain. Durant l’époque classique, tous les mouvements du qi ont été analysés, caractérisés et classés à travers la théorie du Yin/Yang et des Cinq Éléments (ou Phases).

Chacun des Cinq organes (zang) est ainsi relié à une émotion qui est fondamentalement l’expression du mouvement du qi appartenant au même élément (phase). Venant de la profondeur de l’organe, ce qi influence tout ce qui est sous son contrôle dans l’être humain, dans la physiologie et la psychologie, dans le fonctionnement du corps aussi bien que dans celui de l’esprit.

Ainsi, le Foie fournit un élan et déclenche des mouvements ascendants, comme le fait le Bois ; le mouvement de qi appelé nu 怒 est d’abord une poussée impétueuse, qui promeut une montée. L’excitation de ce mouvement — du Foie, ou du Bois — la transforme en colère, qui n’en est que l’excès. Ainsi les Cinq volontés (wu zhi 五志), qui sont des propensions et tensions vitales profondes propres à chacun des cinq organes zang, deviennent les Sept émotions (qi qing 七情), qui sont un désordre du mouvement régulier du qi producteur de vie.

Les émotions prennent donc leur origine dans les cinq organes zang, qui sont les réceptacles des Esprits selon différentes modalités. Toutes les facultés mentales et l’équilibre psychologique, et jusqu’à la manière de réagir à toute chose — y compris ce qui éveille les émotions et libère les passions — dépendent entièrement de l’état des cinq zang, unis par le Cœur et dans le Cœur. Si bien que, lorsqu’un organe zang est perturbé, il n’apporte pas seulement des symptômes physiques et psychologiques liés au trouble spécifique, mais la personne subit une altération de sa faculté à percevoir, à connaître exactement, à juger sans passion, à ressentir, à réagir de façon appropriée.

Si les Cinq organes s’appuient sur un Cœur libre de passion et d’attachement, agissant sous une lumière spirituelle (ou intelligence spirituelle, shen ming 神明), et conservent cet appui, il n’y a pas d’excès. Le Cœur et l’esprit (shen 神) inspirent chacun d’eux jusqu’en leur cœur. Ce sont là les Cinq esprits (wu shen 五神), l’expression quintuple des esprits dans un être humain, éclairant le fonctionnement de l’esprit.

Quand un organe perd son enracinement dans les esprits, son qi ne coule plus correctement et il perturbe le fonctionnement psychologique et physiologique.

Le chapitre 39 du Suwen décrit bien ces perturbations :

« Face à la colère, le qi monte.

Face à l’exaltation joyeuse, le qi se relâche.

Face à la tristesse, le qi s’éteint.

Face à la peur, le qi descend.

Face au froid, le qi se rassemble.

Face à la chaleur, le qi s’écoule vers l’extérieur.

Face à la frayeur, le qi se trouble.

Face à la fatigue, le qi est endommagé.

Face à la rumination obsessionnelle, le qi se noue. »

Chacun des cinq zang est affecté par son émotion, mais une émotion peut léser plusieurs organes en apportant le désordre dans leur propre mouvement de qi. En retour, un même organe peut être lésé par différentes émotions.

Un organe étant lésé avec ou après un autre, le trouble dans l’interaction des qi change, et par conséquent une émotion peut se transformer en une autre.

Telle est la complexité de l’interaction entre les cinq mouvements de qi selon le modèle des Cinq Éléments, avec tous les effets sur le fonctionnement du corps et de l’esprit.

Tous les niveaux de l’être communiquent : un bouleversement émotionnel aura des répercussions physiologiques (dans les zones gouvernées par l’organe responsable de l’émotion, comme dans les zones gouvernées par d’autres organes perturbés par ce désordre). Inversement, un mouvement dévié du qi conduit à des perturbations physiologiques, mais aussi à un état émotionnel. Cet état peut n’être que de courte durée, reflet de la condition du qi et de son mouvement durant cette période. Ou il peut dériver du dérèglement d’un organe qui atteint le désordre le plus complet, et qui alors n’est plus capable de contrôler le mouvement de son qi, ne peut plus prendre part à la composition harmonieuse du centre, ni à l’équilibre des aspects psychologiques et mentaux.

… et quid de l’ UMAMI - la 6e saveur de base aux côtés du sucré, du salé, de l’amer , de l’épicé et de l’acide??? :face_with_monocle:

Bonne question — et elle cache un petit glissement. L’expression vient de la physiologie occidentale classique, qui reconnaissait **quatre saveurs fondamentales** : sucré, salé, acide, amer. Ce sont les « quatre saveurs » des manuels scolaires, celles qu’on dessinait sur la carte de la langue.,

le quatrième n’est pas le salé : c’est le **piquant**. Or le piquant n’est pas une saveur au sens occidental — c’est une sensation trigéminale, c’est-à-dire un signal de douleur et de chaleur capté par les nerfs de la face, pas par les bourgeons gustatifs. La capsaïcine ne « goûte » de rien : elle brûle. Le piquant appartient en revanche pleinement aux cinq saveurs chinoises (辛, *xīn*, le Métal) — la MTC classait comme saveurs des expériences que l’Occident range ailleurs.

Donc trois grilles se superposent :

- **Occident classique** : 4 saveurs (sucré, salé, acide, amer)

- **Occident contemporain** : 5, depuis l’ajout de l’**umami** (le « savoureux », identifié par Kikunae Ikeda en 1908, reconnu scientifiquement dans les années 1980-2000)

- **MTC** : 5 saveurs, mais une autre liste — acide, amer, doux, piquant, salé

Aucune ne correspond à l’autre : l’umami occidental n’a pas de place dans les cinq saveurs chinoises, et le piquant chinois n’a jamais été une saveur pour l’Occident. Deux systèmes, deux découpages du même palais — l’un par la réceptivité chimique, l’autre par la pharmacologie énergétique.

On a donc des systèmes qui ne se correspondent pas malgré le fait que la médecine traditionnelle chinoise ça marche alors que son système de classement n’a pas de valeurOn a donc des systèmes qui ne se correspondent pas malgré le fait que la médecine traditionnelle chinoise ça marche alors que son système de classement n’a pas de valeur absolue je veux dire une valeur qui serait reconnaissable et perceptible partout c’est un paradoxe et je n’ai aucune explication là-dessus à proposer

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